La main de fer de la correctionnelle

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Clandestins, travailleurs au noir, marginaux, cas sociaux… le tribunal correctionnel passe à la loupe les maux d’une France décidément ancrée dans l’exclusion.

Aldémir I., turc, 25 ans. Et sans-papier. Cette description expéditive faite par le juge au tribunal correctionnel d’Aix-en-Provence en ce jeudi 22 janvier pose le problème en des termes simples. L’avocate essaie bien de poser une équation plus complexe. « S’il rentre en Turquie, c’est le service militaire qui l’attend là-bas, pour quinze mois ! Qu’adviendra-t-il de sa famille ? » Une situation familiale que le juge voulait justement éclaircir. « Vous avez déclaré que l’enfant de votre compagne était le vôtre, après avoir dit qu’il était d’un autre ! », l’interpelle-t-elle. L’homme, au français hésitant, assisté d’un interprète, se justifie : « Je ne pouvais pas venir déclarer l’enfant à la préfecture, étant sans papier. » L’avocate renchérit : « J’ai vu la petite courir vers lui les bras ouverts en criant « Papa ! » » Sa compagne, à nouveau enceinte de lui, n’est juridiquement reliée à Aldémir « par aucun enfant », tranche madame le juge. Reconnu coupable de refus d’embarquement, l’homme est condamné à 500 € d’amende, avant sa reconduite à la frontière.

Les faits sont les faits. Cette dure réalité a également rattrapé Marc J., 19 ans, poursuivi en comparution immédiate pour détention illicite d’arme de 4e catégorie. Cet ex-SDF a derrière lui un casier judiciaire bien garni en petits larcins (dégradation, vol, conduite sans permis, trafic de stupéfiants, etc.). Interpellé avec un pistolet caché sous ses vêtements, habillé en noir, avec des gants et une capuche, alors qu’il se rendait à un snack, Marc fait dire au procureur : « Pas besoin de faire un dessin, on sait pourquoi il se rendait dans ce snack ! » Et de tourner en dérision la défense de l’accusé, qui prétend être venu acheter une glace : « Une glace, en ces temps hivernaux !.. » L’avocat de la défense bondit sur la contradiction : « Comment reprocher à quelqu’un, en ces temps hivernaux, de se vêtir chaudement ? », avant de plaider pour le droit à manger de la glace en toute saison. Rien n’y fera : ni la petite amie ayant confirmé la version de la glace, sans concertation possible ; ni la situation professionnelle et sociale – enfin – stable de l’accusé. L’arme reste là. « C’était juste pour me défendre, et elle était pas chargée chargée, madame le juge » minaude le jeune homme. « Comment une arme peut ne pas être « chargée chargée » ? ! », s’exclame avec fermeté le juge. « Il faut passer à autre chose désormais, monsieur J. », sermonne-t-elle, « et réfléchir à votre statut d’adulte ». 6 mois de prison ferme.

La fermeté prévaut encore dans le cas d’Abdelhamid C.. Ce salarié de 37 ans a une situation relativement plus stable. Accusé de violence aggravée et de rébellion avec arme, l’homme fait en fait figure d’enfant. Intimidé par la solennité des lieux, c’est la démarche hésitante qu’il traverse le box des accusés. Son histoire plonge le tribunal dans le quotidien des cités. Entraîné par un ami souhaitant aller chercher ses enfants dont la mère a la garde exclusive, Abdelhamid s’est retrouvé dans une altercation avec cette femme et son nouveau compagnon. Mais Abdelhamid est sourd. Peut-être pas tout à fait sain d’esprit non plus, mais les résultats de l’expertise psychiatrique se font attendre. C’est donc un homme dépassé qui, dans l’agitation d’une dispute de quartier, a donné des coups. Au couteau, mais en vain. Puis aurait essayé de prendre la fuite : « Il n’a pas entendu les sommations des policiers », justifie son avocat. « Il est peut-être sourd, mais il avait un manche de pioche dans sa voiture », riposte le procureur. Le maintien en détention est certes rejeté, mais « dans l’attente des résultats de l’expertise psychiatrique », tranche madame le juge.

« A bientôt ! » glisse un policier, le sourire ambigu, au dernier des accusés.

Antony Drugeon, L’IMAGINERE, le 23 janvier 2009


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