Les caricatures de Mahomet alimentent encore le débat

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Près de quatre ans après avoir publié les caricatures du prophète Mahomet dans le journal danois Jyllands-Posten, Flemming Rose était l’invité vedette de la conférence intitulée « Liberté d’expression : victime de la religion ? », mercredi 22 avril, à l’université Hébraïque de Jérusalem. Pour son premier passage en Israël depuis la crise autour de ces caricatures, le rédacteur en chef des pages culture du plus célèbre des quotidiens danois a réitéré son message. Selon lui, il n’y a pas à choisir entre liberté d’expression et respect des personnes.

Le débat, après plusieurs reports, s’est finalement déroulé dans un contexte marqué par une autre conférence, celle de Durban II. « Mais celle-ci est plus importante », assurait, rieur, Ephraïm Halévy, modérateur du débat. M. Halévy est également directeur du Centre Shasha d’Etudes Stratégiques, organisateur de l’évènement. Une manifestation prévue pour dénoncer la tenue de cette conférence a été maîtrisée par la police, a par ailleurs annoncé Ephraïm Halévy.

De Genève, où s’était clôt la conférence sur le racisme de l’ONU la veille, au campus du Mont Scopus à Jérusalem, les thèmes abordés ne sont pas si éloignés. Si le sujet du racisme n’était pas à l’ordre du jour, la question de la liberté d’expression en matière de religion a systématiquement orienté les débats vers celle du respect de l’autre.

Concilier la liberté d’expression, nécessaire à toute société démocratique, avec le respect de la dignité des personnes, qui peuvent se sentir offensées par des attaques visant leur foi, est-il possible ? Devant un auditoire d’environ 400 personnes, Flemming Rose a sans surprise répondu par la positive. Le journaliste a établi une comparaison rapide entre la société traditionnelle et le monde actuel, pour souligner que « l’apparition de médias tel qu’Internet, la réduction des distances », mais aussi la chute des « frontières physiques, et par conséquent l’accroissement des migrations de personnes », avait vu l’émergence d’un « monde plus compliqué, multiethnique, multi-religieux, multiculturel ».

Flemming Rose a par ailleurs relevé que la dimension religieuse structurait la société traditionnelle, là où elle n’est qu’une composante parmi tant d’autres dans les sociétés contemporaines. Dès lors, « auparavant, le blasphème attaquait la société elle-même », sa cohésion, et l’ensemble des membres qui la composaient. Aujourd’hui, a poursuivi M. Rose, les sociétés développées accordent à leurs membres « le droit de quitter sa religion, d’en changer ».

La crise des caricatures de Mahomet a révélé selon le journaliste danois « combien les musulmans en Europe essayaient de combiner ces deux modèles », jouant sur le droit à la liberté religieuse comme sur l’interdiction du blasphème. Le danger, selon Flemming Rose, consiste à se voir imposer des restrictions à la liberté d’expression au nom du respect des personnes.

Le journaliste a donc poursuivi en critiquant le compromis proposé par ceux qui voudraient légiférer en Europe, de manière à interdire toute forme d’offense religieuse ou philosophique. Sous l’aspect général de ces interdictions, on ne protègerait en effet que les musulmans. « Cette loi [prévue un temps au Danemark, NDLR] n’était pas conçue pour des gens comme moi », a-t-il défendu.

Flemming Rose n’a pas pour autant défendu le droit à offenser. « Les gens ont le droit de ne pas être offensé », a-t-il souligné. Toutefois, reprenant l’idée selon laquelle « la liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres », le journaliste danois a établi que dans un régime démocratique, seuls les individus doivent être protégés, pas les idées. Les idées s’expriment, vivent, se développent, et périclitent. En protéger certaines ou en interdire d’autres constitue une privation de liberté.

Flemming Rose a mis en garde contre l’instauration d’une forme de pacte de non-agression, où chacun limiterait sa liberté d’expression pour n’offenser personne. Il craint en effet que des surenchères ne conduisent à une « chute dramatique de la liberté d’expression ». Les seuls cas légitimant des restrictions à la liberté d’expression sont selon lui les propos incitant à la violence, diffamatoires, ou attentant à la vie privée.

David Horovitz, rédacteur en chef du Jérusalem Post, a abondé en ce sens, relevant qu’il est dangereux de donner à une minorité des droits particuliers, qui finissent par s’étendre et à étouffer le régime de liberté général. Citant Voltaire (« Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire »), il a appelé l’audience à se faire le héraut de la liberté d’expression.

Une position que ne suppose en aucune manière de critiquer l’islam, a-t-il tenu à préciser. « Nous n’avons aucune raison d’attaquer l’islam ou une religion en elle-même », a-t-il soutenu. Il a également convié à éviter les amalgames rapides, qui simplifient à l’excès : « Je me garde de faire publier dans mon journal une caricature de Mahmoud Ahmadinejad (le président iranien, qui appelle à la destruction d’Israël, NDLR) avec une croix gammée autour du bras ou une moustache à la Hitler, il faut être très prudent ».

Les questions de l’assistance, au cours desquelles plusieurs jeunes femmes portant le hijab ont pris à parti le choix de publier les caricatures de Mahomet, ont témoigné d’une incompréhension persistante entre le public musulman et la réflexion des invités.

Antony Drugeon, le 23 avril 2009

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