Pour redorer son blason, Digital Realty organise une visite de son data center marseillais MRS3

Vue sur les centres de données MRS2 MRS3 MSR4 de Digital Realty à Marseille

Le géant des centre de données (ou data centers), l’américain Digital Realty, s’est lancé dans une opération de communication en organisant mardi 21 juillet une visite du data center MRS3, dans le grand port maritime de Marseille, avec une trentaine de personnes, réunies par l’association Meyreuil environnement, la plupart membres d’autres associations en lien avec l’environnement ou du Comité d’intérêt de quartier (CIQ) de Bouc-Bel-Air Sud. Et moi.

Le centre de donnés MRS3 de Digital Realty à Marseille, avec le groupe de visiteurs invités par Meyreuil Environnement
Le groupe de visiteurs réunis par l’association Meyreuil Environnement marchant devant le centre MRS3 à Marseille, le 21 juillet 2026.

L’entreprise américaine a déjà 5 centres de données à Marseille (et bientôt un 6e dans la métropole, à Bouc-Bel-Air), là où affluent les câbles sous-marins de télécommunication. Plus largement, la société gère 300 centres de données, répartis à travers une cinquantaine de villes réparties sur 27 pays.

Le géant a été pointé deux fois du doigt l’an dernier. D’abord avec une nouvelle mise en demeure concernant des fuites de gaz fluorés sur son site MRS3, après une première mise en demeure en 2023 pour des fuites depuis 2021.

Et ensuite, en fin d’année dernière, en raison de ses liens avec la société israélienne Mvine Real Estate. Ces liens ont valu au Mucem, que Digital Realty soutenait depuis 10 ans, d’être accusé de complicité envers la colonisation israélienne, au point que le musée a décidé de ne pas renouveler la convention de mécénat avec Digital Realty.

Refroidissement à l’eau souterraine mis en avant

Le data center n’a de façon générale pas bonne presse : peu créateur d’emploi, gourmand en eau et en électricité, il rencontre à Marseille un contexte encore plus défavorable, avec un stress hydrique important. Le raccordement récent (et tardif) des quais du port a ainsi alimenté des accusations de conflit d’usages entre l’électricité consommée par les data centers et celle aujourd’hui (enfin !) distribuée aux ferrys, en remplacement du fioul.

L’opération de communication du 21 juillet a donc mis en avant la spécificité des data centers MRS2, MRS3, MRS4 et du futur MRS5 : le river cooling, ou refroidissement par l’eau d’une galerie souterraine d’évacuation du site minier de lignite à Gardane. En circuit fermé, l’eau prélevée à 15°C refroidit le circuit de refroidissement et est rejetée « autour de 26°C/27°C, sans dépasser les seuils fixés par la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal) » dans la mer, explique ainsi Anis Chergui, lead engineer spécialisé dans les infrastructures critiques pour Digital Realty. Grâce à cette eau froide qui passe dans le sous-sol, le data center n’allume pas – sauf exception liée à la maintenance, et documentée auprès des autorités – ses 13 générateurs électriques.

L’eau prélevée est présentée comme non potable par Digital Realty (ce que conteste La Quadrature du Net avec à l’appui une enquête publique de 2018), mais elle se retrouve ainsi réservée à l’usage numérique, et détournée de tout usage agricole ou pour la sécurité incendie. Toujours est-il que cela permet au data center MRS3 de revendiquer un Power Usage Effectiveness (PUE, soit indicateur d’efficacité énergétique) proche de 1,3 : cela signifie que 30% de l’énergie entrant dans le data center est consommée par son fonctionnement, le reste étant consommé par les serveurs informatiques des clients du data center. C’est donc l’indicateur phare de l’efficacité énergétique d’un centre de données. Ce seuil de 1,3 correspond au seuil réglementaire qui sera obligatoire en 2030.

Discrétion sur les gaz fluorés

Les gaz fluorés n’étaient eux pas mis en avant dans le narratif de cette visite. Si Anis Chergui m’a répondu qu’ils sont « indispensables à tout système de refroidissement », la mesure prise par Digital Realty pour répondre aux rappels à l’ordre du régulateur a été de passer du R-134a au R-513a, qui est « 60 fois moins impactant, mais aussi plus cher », a expliqué l’ingénieur.

Ces gaz restent malgré tout d’importantes sources de gaz à effet de serre, du fait d’un impact en équivalent CO2 bien plus lourd que le CO2 lui-même. Le meilleur data center reste, comme pour les déchets, celui qu’on ne produit pas. L’optimisation énergétique des centres de données reste nécessaire, mais si la course en avant vers la numérisation de la société se poursuit, les effets bénéfiques de ces optimisations seront annulés. C’est là encore une manifestation de l’effet rebond.

Le centre de données MRS4 au premier plan, et le MRS3 au second

Digital Realty a surtout cherché à faire baisser la tension née du projet MRS6, avec cette invitation adressée à plusieurs riverains engagés dans le CIQ de Bouc-Bel-Air. Une pétition a recueilli près de 2.000 signatures contre ce méga-projet. Claire Chadourne, directrice de la responsabilité sociétale de l’entreprise chez Digital Realty, a ainsi présenté les mesures d’atténuation d’impact prévues par Digital Realty, comme le bardage anti-bruit, pour répondre aux attentes des riverains préoccupés par la reconversion de cet ancien magasin Decathlon.

Outre l’efficacité énergétique et le river cooling, elle a également présenté les mesures de compensation carbone, de soutien à la biodiversité (programme d’étude et protection du phoque moine en Méditerranée), et divers soutiens à des programmes de mécénat de compétences et autres actions sociales menés par Digital Realty, autant de signes que l’image de marque renvoyée par l’entreprise lui importe.

Trajectoire sociétale

La construction d’un centre de données, puis sa montée progressive vers la pleine utilisation de ses capacités, prend plusieurs années. Les projets de data centers qui naissent un peu partout en France (à Marseille et en région parisienne notamment) anticipent la demande d’hébergement de données qui se manifestera dans au moins 5 ans.

Cette croissance, qui est finalement restée plutôt stable pendant des années grâce à l’amélioration des performances des centres de données et malgré l’explosion des usages (réseaux sociaux, vidéo en ligne, etc) – effet rebond encore -, commence maintenant malgré tout à poser question.

Claire Chadourne a souligné que le volume de données stockées est multiplié par 10 tous les 6 ans. Les usages massifs de synchronisation de fichiers multimédia, de consommation de vidéos et de musique en streaming, mais aussi de l’intelligence artificielle, risquent bien de pousser la part de notre énergie dévolue aux centres de données à la hausse.

Le rapport du Shift Project Intelligence artificielle, données, calculs : quelles infrastructures dans un monde décarboné (octobre 2025) évalue même à 13% la consommation électrique mondiale des data centers entre 2019 et 2024. Le rappel utile du Shift Project, c’est que le monde doit réduire de 5% chaque année ses émissions de gaz à effets de serre pour atteindre son objectif de zéro émission nette, tandis qu’à « l’horizon 2030, la trajectoire dans laquelle se projette
la filière centres de données est insoutenable, avec +9% d’émissions de gaz à effets de serre »
.

L’évolution du mix énergétique ou l’amélioration de l’efficacité des centres de données ne changeront pas fondamentalement cette équation, et la dénumérisation de nos vies reste incontournable pour éviter de voir proliférer les data centers, avant que l’eau et l’énergie ne viennent à manquer pour les besoins réellement prioritaires.

Crédit illustration : Crédit : LaMèreVeille



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