15 raisons de quitter Whatsapp


Quitter Whatsapp est l’une des démarches de dégafamisation les plus difficiles, tant la messagerie est utilisée par (presque) tout le monde. Malgré tout, les arguments pour dire ciao à l’outil de Meta ne manquent pas. J’ai essayé de tous les réunir ici.

Pour chacune des raisons listées ici, déroulez le texte pour avoir plus d’éléments détaillés. Un lien vers une source de qualité est proposée presque à chaque fois pour approfondir.
NB : Ce texte se veut une compilation à jour au moment de sa publication (le 5/07/2026), si vous le lisez bien après, il se peut que certains passages soient obsolètes. Et il se peut également que de certains éléments manquent, si c’est le cas n’hésitez pas à laisser un commentaire.

Whatsapp appartient à Meta, dont le business modèle repose sur l’exploitation de notre attention à des annonceurs. Leur produit, c’est vous. Si vous utilisez plutôt Signal, votre communication est alors gérée par une structure à but non lucratif, la Signal Foundation, qui compte sur les dons volontires des utilisateurs (tels que moi) ; leur produit, c’est le service qu’ils proposent.

Utiliser Whatsapp plutôt que Signal, c’est finalement snober le service d’intérêt général défendu par cette fondation à but non lucratif pour vous.

Ceux-ci ont votre numéro et peuvent toujours vous envoyer un message SMS (ça existe encore ! SMS, ou bientôt RCS). Ce sont « seulement » les groupes Whatsapp auxquels vous perdrez accès. Retour d’expérience personnelle : au final en ayant quitté Whatsapp, j’ai moins de notifications intempestives ; les seuls groupes dans lesquels j’avais une raison de figurer (mon club de sport, ma copropriété) envoient des messages dont je n’ai pas réellement besoin. Les messages importants, dont je peux avoir besoin, me sont transférés par un allié dans le groupe, ou alors sont envoyés par email.

Et en voyage à l’étranger ? par exemple en louant une voiture ou un appartement, la prise de contact s’effectue certes par défaut sur Whatsapp, mais l’envoi des SMS fonctionne malgré tout ! Envoyer un ou deux messages ne coûte pas grand-chose, surtout au sein de l’Union européenne et ce depuis l’accord européen de 2017, même si j’ai remarqué autour de moi que beaucoup de gens ne sont pas encore au courant.

Les failles de sécurité existent pour tout service numérique. Personne n’est à l’abri, ni Signal ni qui que ce soit. Mais avec Whatsapp, ce sont les numéros de téléphones, les photos de profil et le nom eux-même qui sont exposés !

  • Une équipe de chercheurs autrichiens a réussi à récupérer par une méthode de « scrapping » 3,5 milliards de numéros de téléphone (avec pour certains photos de profil, nom, voire les clés de chiffrement publiques de ces comptes. Tout simplement en testant un par un tous les numéros de téléphone possibles. Meta dit avoir depuis déployé des protections anti-scrapping et que personne de malveillant n’avait exploité cette faille. Deux affirmations pour lesquelles on est priés de leur faire confiance.
Le cœur du problème est lié au fonctionnement même de Whatsapp, qui relie votre identité (prénom/nom tels que indiqué par vous dans votre répertoire, éventuelle photo chargée par vous-même) à votre numéro de téléphone. Ce dernier est votre identifiant, donc vous le communiquez nécessairement à toute personne avec qui vous échangez (dans un groupe comme en échange direct). De son côté, Signal vous autorise à entrer en contact entre utilisateurs sans échanger vos numéros respectifs, via un QR code ou un lien URL. Votre identité peut alors être un pseudonyme de votre choix, et si votre correspondant vous a dans son répertoire de contacts, il vous verra alors avec le nom que vous avez dans son répertoire. Meta a annoncé en octobre 2025 s’inspirer très prochainement de cette fonctionnalité. Les noms d’utilisateurs (identifiants uniques) permettront de se mettre en contact sans passer par le numéro de téléphone – cette évolution n’est, en ce juillet 2026, qu’en phase de test chez les utilisateurs les plus avancés de Whatsapp, en attendant d’être pleinement déployée.

Sur Signal, par défaut, les autres utilisateurs, y compris ceux qui font partie d’un groupe avec vous, ne peuvent vous écrire personnellement que si vous l’acceptez, et ce sans pouvoir lire votre numéro de téléphone. Ils ne peuvent donc pas vous téléphoner ni communiquer votre numéro à un tiers. Vous rejoignez donc un groupe en restant serein, car vous n’êtes pas exposé aux membres du groupe que vous ne connaissez pas : vous apparaissez seulement avec le pseudonyme que vous vous êtes choisi auprès des inconnus, tandis que vos contacts vous voient tels que vous apparaissez dans leur répertoire de contacts.

Que vous soyez parent d’élève, membre d’une association, d’un groupe de sport… vous n’avez pas forcément envie d’être joignable directement à tout moment pour chacun des membres d’un groupe, que ce soit pour vous prémunir de risques de harcèlement sexuel ou de sollicitations intempestives quelles qu’elles soient.

Si les données (le contenu de vos messages) sont chiffrées par Meta (qui en principe ne peut pas les lire), reste la collecte massive des méta données (le contenant de vos messages) : heures d’utilisation, langue et fuseaux horaire paramétrés, adresse IP de connexion, fréquence des discussions, modèle du téléphone, version de l’application, opérateur mobile… Anodin ? L’affaire Natalie Edwards a montré qu’on pouvait être condamné en justice pour ses métadonnées, qui peuvent trahir le contenu des messages (mais comment cela ?).

Mais ce n’est pas tout : depuis 2021 Meta partage également ses données Whatsapp avec ses services Facebook et Instagram… pour ses utilisateurs non européens. En Europe, le RGPD a rempli son rôle de bouclier et lui interdit le partage par défaut de données à caractère personnel. Mais par l’abondance de ces métadonnées justement, il est possible de reconstituer les fiches d’identification de ses utilisateurs, selon une méthode probabiliste, qui porte le nom de fingerprinting (identification d’un visiteur de façon unique avec les métadonnées, donc même sans cookies). Ce fichage des utilisateurs est potentiellement très invasif, il permet de faire le portrait robot de chacun (comportement en ligne, répertoire de contacts, adresses IP de connexion les plus fréquentes, etc) et la cartographie des interactions entre tous (le graphe social). De quoi construire la cartographie des réseaux militants par familles d’opinions, d’identifier les sources des journalistes, ou vous inscrire dans telle ou telle niche publicitaire. S’il est accepté par l’utilisateur ou réalisé par fingerprinting, ce croisement des données de Whatsapp avec Instagram et Facebook est redoutable.

Le moyen le plus simple de ne pas voir ses données et métadonnées être transféré vers des régies publicitaires est d’utiliser un service qui ne les collecte tout simplement pas. Signal est un service de messagerie « isolé » (aucunement adossé à un réseau social), avec très peu de données qui y sont collectées, et cela peut être vérifié grâce à l’ouverture du code et aux fréquents audits indépendants.

Lire aussi : L’Europe force l’ouverture de WhatsApp, mais le résultat est presque ridicule

Et encore : Un capitalisme de surveillance, de Sushana Zuboff

L’autre conséquence de cette surexposition de chacun à l’algorithme de Meta, c’est qu’elle a des répercutions sociétales. Sur Instagram et Facebook, l’algorithme de Meta vous proposera des contenus qui sont susceptibles d’attirer votre attention, c’est-à-dire des contenus similaires à ceux que vous avez déjà consulté : cela s’appelle une bulle de filtres.

Votre expérience des réseaux sociaux est faite pour vous enfermer dans une bulle de contenus analogues, et être sur Whatsapp permet de renforcer cet enfermement sur Facebook et Instagram notamment. Ces bulles informationnelles ont contribué à polariser la société et à réduire l’empathie, avec une poussée notamment de l’extrême-droite et des théories complotistes ou masculinistes.

Ce mécanisme algorithmique, poussé à l’extrême dans le cas de TikTok, est également pointé du doigt pour sa propension à aggraver l’anxiété et les pensées suicidaires (lire le rapport d’Amnesty International, Poussé.e.s vers les ténèbres, 2023).

Lire aussi : Prisonniers des bulles : comment nos univers informationnels se referment sur nous

Quelles sont les préférences politiques qui ressortent des données Facebook et Instagram de vos contacts les plus fréquents sur Whatsapp – et donc selon toute probabilité quelles sont vos préférences politiques ? Pour réaliser un mapping (une cartographie) des penchants idéologiques des utilisateurs d’un réseau social d’un pays, les données compilées par Meta sont précieuses.

Au point qu’elles ont déjà servi à influer sur deux élections majeures : la première élection de Donald Trump aux Etats-Unis en 2015 et le Brexit au Royaume-Uni en 2016. Il s’agit du scandale Cambridge Analytica. La disponibilité des données personnelles de millions d’électeurs et leur manipulation à des fins électorales est une nouvelle menace sur les démocraties.

Lire aussi : Usage des métadonnées pour l’analyse des réseaux sociaux via Gephi : l’exemple de la Société Générale

Lorsque vous ajoutez un nouveau contact dans le répertoire sur votre téléphone, l’application Whatsapp le transfère immédiatement sur les serveurs de Meta. Vous venez déjà de violer le consentement de votre nouvel ami.

Ensuite, vient le moment d’échanger des messages avec cet.te ami.e : en privilégiant (si c’est possible) Signal plutôt que Whatsapp, vous optez pour un canal qui n’exploite pas les métadonnées personnelles de ses utilisateurs, ce qui revient à témoigner de votre considération à son interlocuteur.

Que vous soyez avocat, journaliste, médecin, ou simplement respectueux des autres et de leur vie privée, même hors secret professionnel, la logique veut que vous optiez autant que possible pour le mode de communication qui préserve l’intimité de celui ou celle avec qui vous communiquez. Le médium, c’est le message !

Techniquement, les États-Unis peuvent fermer l’accès aux adresses IP françaises (ou européennes). Donald Trump, qui a la culture du rapport de force et qui ne supporte pas les vélléités européennes de réguler le secteur du numérique, peut bloquer votre Whatsapp (ainsi que vos autres services numériques américains).

Certains Français ont déjà expérimenté ces désagréments, comme Thierry Breton, ancien commissaire européen à l’origine du Digital Services Act, principale régulation européenne encadrant les réseaux sociaux, ou encore le juge de la Cour Pénale Internationale Nicolas Guillou.

Lire aussi : Donald Trump menace de droits de douane de 100 % les pays qui mettraient en place une taxation des services numériques


Meta rapatrie ses bénéfices au sein de la société Meta Ireland Holdings, domiciliée en Irlande mais avec un statut de résident fiscal des îles Caïmans. Un montage complexe qui me permet de le dire : utiliser les services de Meta, dont Whatsapp, c’est soutenir l’appauvrissement des ressources publiques françaises et le recul des services publics.

L’argument habituel de Whatsapp et des réseaux sociaux, c’est précisément l’effet réseau. Le fait que « tout le monde est là », ce qui pousse chacun à y rester. Un cercle vicieux assez toxique, qu’il s’agit bien de briser à un moment. C’est à certains d’oser en premier pour enlever cet argument à Whatsapp.

En n’y étant plus depuis plus d’an an maintenant, je me coupe de certains groupes (à nouveau, celui de mon club de sports, et mes voisins donc), mais je pose aussi très concrètement dans mon entourage la question de l’interopérabilité (la capacité d’un message à passer d’un système à un autre), qui reste l’apanage des emails (de Gmail à Yahoo, par exemple, ça fonctionne) mais pas de ces applications, qui dégradent donc notre expérience (et ce n’est pas prêt de changer visiblement, malgré les velléités de l’Union européenne).

Quitter Whatsapp, quand on fait partie d’un petit groupe, peut avoir un vrai pouvoir d’entraînement et inciter les autres à passer à une liste de diffusion email (libre de préférence !) et/ou à Signal.

Outre la fonctionnalité de messagerie, les applications Whatsapp et Signal proposent aussi la mise en avant de réels / de stories. Il s’agit de messages temporaires, pour lesquels on peut connaître le nombre de vues qu’ils ont réalisés. Ces messages qui ont tendance à faire entrer les utilisateurs dans le syndrome FOMO (Fear of missing out, peur de passer à côté) et de consultation frénétique de son application.

Cette fonctionnalité peut être désactivée sur Signal uniquement. Il s’agit de l’une de ces fonctionnalités des réseaux sociaux qui contribuent à dégrader la santé mentale, en favorisant « anxiété, stress et baisse de l’estime de soi » (Deconnexio, Lève les yeux).

Meta dément autoriser toute intrusion d’un tiers, y compris du gouvernement, dans ses serveurs et dans ses discussions, dont le chiffrement l’empêche en principe d’accéder au contenu. Mais les clés de chiffrement sont créées et stockées par… Meta, et le code source de Whatsapp est gardé secret. L’opacité est au cœur du doute, depuis 2017, sur une possible porte dérobée.

Personne ne peut donc auditer ses serveurs pour vérifier si Meta dit vrai. Nous sommes priés de leur faire confiance. Ce n’est en soi déjà pas acceptable.

L’argument massue du chiffrement de bout en bout brandi par Meta connaît même une autre limite : les sauvegardes cloud des comptes Whatsapp peuvent ne pas être chiffrées : c’est à l’utilisateur d’activer le chiffrement des messages.

Sur le terrain, les métadonnées Whatsapp des Palestiniens sont exploitées par l’intelligence artificielle Lavender Israel pour décider des frappes militaires israéliennes sur Gaza.

Mais les algorithmes de Meta sont également pointés du doigt pour invisibiliser les Palestiniens : Human Rights Watch a publié un rapport intitulé Les promesses non tenues de Meta : Censure systémique de contenus pro-palestiniens sur Instagram et Facebook. Il révèle que dès 2021 Meta était alerté sur les nombreux cas de censure sur Facebook frappant les messages des voix palestiniennes, et que l’entreprise n’a pas fait évolué sa politique de modération automatique (par algorithme), déplorant une « tendance excessive à la suppression de discours protégés, y compris l’expression pacifique en faveur de la Palestine et le débat public sur les droits humains des Palestiniens ».

Whatsapp est sans doute l’un des meilleurs canaux pour la désinformation. L’application est très largement répandue sur la plupart des téléphones, avec une forte viralité potentielle, et est gérée par une structure à but lucratif : c’est un outil de communication qui peut être détourné, même sans piratage, pour répandre des fake news.

L’envoi massif de messages diffamatoires payés par des entreprises technologiques pro-Bolsonaro est dans le viseur d’une enquête concernant l’élection présidentielle de 2018, remportée par le politicien d’extrême-droite.

Dans certains pays en voie de développement, Meta déploie des offres dite de zero rating, qui s’apparentent à de la concurrence déloyale. Même sans payer de forfait, l’utilisateur bénéficie d’un quota de données mobiles offertes sur les applications Meta. Sous couvert d’aide philanthropique au développement, cette pratique contrevient au principe de liberté du Net et est parfois qualifiée de colonialisme numérique.

L’ambition est bien de voir le web ouvert disparaître au profit de la connectivité limitée, circonscrite aux applications de géants du numérique comme Meta. Si cela peut sembler lointain, il faudrait déjà que cette pratique recule dans les pays concernés, et s’assurer qu’elle ne se répande pas à d’autres pays.


Lorsque j’ai quitté Whatsapp (et Facebook), j’ai expliqué à mes contacts sur ces plateformes ma démarche en y publiant les visuels suivants, dans mon ultime statut :

Libre à vous de les reprendre si vous le souhaitez ! Oui oui, c’est libre de droits ! 😉


Atelier de dégafamisation en format court, au tiers-lab des transitions (Marseille)

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