La guerre en Irak se joue au Congrès américain

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Les démocrates mettent la pression sur George W. Bush, et celui-ci sur le gouvernement irakien.

Mercredi, le président américain George W. Bush doit présenter ses nouvelles orientations pour l’Irak, alors que le nouveau Congrès à majorité démocrate vient de se réunir. Elus sur un programme de désengagement en Irak, les démocrates n’entendent pas « signer un chèque en blanc » à l’administration Bush en Irak, a prévenu Nancy Pelosi, présidente démocrate de la Chambre des Représentants. Une façon d’avertir que le Congrès, désormais contrôlé par les Démocrates, pourrait refuser de financer tout déploiement de troupes supplémentaires en Irak.
Le président Bush hésite entre volonté de conciliation et persévérance, contraint à aboutir son projet de pacification de l’Irak pour sortir la tête haute de ce dossier. Ainsi, il est souvent évoqué dans l’entourage du président un envoi de troupes supplémentaires pouvant atteindre 20.000 hommes. Face aux réticences démocrates, le chef du groupe républicain au Sénat dit douter que les Démocrates aient la volonté – ou les moyens – de refuser de financer le projet du président. « Le Congrès est incapable de gérer la tactique de la guerre dans le détail » a déclaré Mitch McConnell. Si le Congrès n’a effectivement pas son mot à dire en matière de politique étrangère comme de défense, il est cependant souverain en matière budgétaire. Ainsi Nancy Pelosi se permet de poser ses conditions à George W. Bush : elle a ainsi déclaré dimanche que son parti ne s’opposait pas à une augmentation globale des effectifs de l’armée « pour protéger le peuple américain de toute menace contre nos intérêts » et ne couperait pas les fonds destinés aux soldats déjà envoyés en Irak. Mais toute demande de financement pour l’envoi de nouvelles troupes ferait l’objet d’un « examen minutieux ». « Il revient au président de justifier les moyens supplémentaires qu’il demande pour une mission » a-t-elle déclaré.
Toutefois, compte tenu des divisions internes des Démocrates à ce sujet, il n’est pas certain que l’étroite majorité du parti de l’âne parvienne à influencer la conduite de la guerre par l’administration Bush. Ainsi le président américain se permet de reprendre l’initiative sur l’Irak. Le nouveau plan sur l’Irak qu’il doit présenter mercredi comprendrait, selon le New York Times, des objectifs que le gouvernement irakien devrait remplir pour atténuer les tensions communautaires. Selon le journal, qui cite sans les nommer de hauts responsables de l’administration américaine, le président George W. Bush demandera notamment à Bagdad d’intégrer davantage de représentants de la minorité sunnite dans le processus politique national, et de concrétiser un projet de loi sur la répartition des recette pétrolières entre régions et communautés, là encore pour apaiser les sunnites.
Autre geste d’ouverture envers les insurgés sunnites, généralement baasistes : une plus grande modération dans la politique gouvernementale vis-à-vis des anciens membres du parti Baas. Peut-être une façon pour le président américain de se décharger du problème sur le gouvernement irakien, au cas où un redéploiement militaire en Irak serait rendu impossible par les Démocrates.

Antony Drugeon, LIBERATION, le 9 janvier 2007