A Taybeh, orthodoxes et latins serrent les rangs pour Pâques

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Pâques à Taybeh. Photo : Antony Drugeon (CC)
Pâques à Taybeh. Photo : Antony Drugeon (CC)

Le village palestinien et exclusivement chrétien de Taybeh (près de Ramallah) a célébré samedi 18 avril la fête de Pâques, mêlant les latins (catholiques), melkites (orthodoxes catholiques), et grecs orthodoxes. Les divergences de calendrier y ont été mises de côté, à l’initiative des prêtres et fidèles de Taybeh. L’initiative a essaimé dans le reste des paroisses palestiniennes. Une façon d’unifier des cultes chrétiens entre lesquels les dissensions ne sont jamais éloignées.

« Allah Akbar ! », s’écrie, ravie, Marlène. Cette habitante de Taybeh ne cache pas sa satisfaction. En ce samedi 18 avril, « sabt el-nour » (samedi de la lumière) pour les chrétiens, ce sont les représentants des trois cultes chrétiens du Taybeh qui sont réunis à l’entrée du village. Les habitants, généralement une croix autour du cou, attentent la procession de pied ferme, l’appareil photo à la main. Le prêtre grec orthodoxe au centre, flanqué des prêtres latin et melkite, accueille deux bus de scouts. Entre ceux-ci, pas de distinction confessionnelle. Revenant de Ramallah, ils rapportent le feu du Saint Sépulcre, sorti selon la tradition orthodoxe le matin par le patriarche orthodoxe. « Il est vrai que cette cérémonie du ‘feu nouveau’ est orthodoxe, mais nous accueillons aussi ce feu avec eux, après tout c’est un miracle pour eux », explique le père Raed, prêtre latin (catholique).Pâques à Taybeh. Photo : Antony Drugeon (CC)

Les chrétiens tentent donc de dépasser leurs clivages à Taybeh. Le village a décidé de célébrer Noël (naissance de Jésus) selon le calendrier catholique, tandis que Pâques (résurrection de Jésus) est fêtée selon le calendrier des orthodoxes. « Taybeh a été le fer de lance de cette initiative, qui a été reprise par la suite dans les autres paroisses de Palestine, et même en Jordanie », s’enthousiasme frère Jacques Frant, moine latin. Seuls les lieux saints chrétiens de Jérusalem et Bethléem, du fait d’un régime juridique particulier, restent « fidèles » aux différents calendriers des cultes chrétiens.

Le feu, porté par diverses torches et cierges, progresse à travers le village, au son des nombreux tambours et des cymbales. Le défilé est ouvert par les scouts, un grand drapeau palestinien ouvrant la marche. Les scouts, alignés en rangs droits, presque militaires, sont suivis par une foule plus dense. Les prêtres, précédés d’enfants de cœur, avancent presque bras dessus dessous. La foule des fidèles, derrière eux, grossit au fur et à mesure de la progression dans le village, recrutant les curieux descendus sur le pas de leur porte. A l’approche de l’église grecque orthodoxe en fin de parcours, la foule entonne en chœur des chants religieux.

Pâques à Taybeh. Photo : Antony Drugeon (CC)
Pâques à Taybeh. Photo : Antony Drugeon (CC)

Mais l’unité des chrétiens de Palestine est loin d’aller de soi. Les propos récents de l’archevêque Théodose de Sébaste, chef de l’Eglise de Jérusalem (culte autonome, apparenté orthodoxe), sont encore présents dans les pensées. « Le pape Benoît XVI n’est pas le bienvenu en Terre sainte », avait averti l’ecclésiastique, en référence à la guerre israélienne à Gaza. L’archevêque avait dans le collimateur en particulier l’annonce de la visite papale en mai prochain à Yad Vashem (musée israélien commémorant la Shoah). « Nous ne sommes pas opposés à la visite du pape à Yad Vashem, mais avant d’exprimer sa solidarité avec les juifs, il devrait faire montre de solidarité envers les chrétiens de Palestine. […]Notre Yad Vashem à nous, c’est Gaza », avait déclaré l’archevêque, invitant le souverain pontife à commencer sa visite par Gaza.« Tout d’abord, le pape devrait rencontrer les chrétiens de Palestine, qui portent la lumière du Christ dans l’obscurité de l’occupation israélienne. Sinon, sa visite ne sera pas pour nous ; ce sera une visite rendue à Israël, une simple obligation mondaine, dans l’agenda du pape, vis-à-vis des organisations juives. [..] Que le pape se fasse l’avocat de notre cause », avait-t-il lancé, polémique.

L’impact de ces propos auprès des chrétiens non affiliés à l’Eglise catholique est difficile à estimer. Le fait est que le rapprochement entre cultes chrétiens suscite parfois quelques frictions. A Taybeh, la décision de faire converger les dates de Noël et de Pâques, ancienne de plusieurs années déjà, s’est imposée au forceps. Récalcitrant, le prêtre orthodoxe d’alors avait refusé l’offre, avant de s’y résigné après le boycott de son église par ses fidèles, explique frère Jacques Frant. « Les orthodoxes ont peur de perdre leur hégémonie », explique t-il. « La hiérarchie a laissé la liberté », ajoute le père Raed, qui confirme que ce sont les prêtres et les fidèles qui sont à l’origine du rapprochement.Pâques à Taybeh. Photo : Antony Drugeon (CC)

A Taybeh, le cortège de Pâques a terminé son défilé par trois tours de l’église grecque orthodoxe. De quoi rassurer une communauté grecque orthodoxe d’environ 450 personnes sur les quelques 1400 âmes du village. En attendant la visite du pape, qui ne manquera de raviver la distinction entre le culte grec orthodoxe d’un côté, et les cultes latins et melkites de l’autre.

Antony Drugeon, le 19 avril 2009

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