« On peut dire les pires saloperies sur scène sans les penser », Erwan Villard

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Erwan Villard, comédien. Photo : Antony Drugeon (CC)
Erwan Villard, comédien. Photo : Antony Drugeon (CC)

Après une apparition dans Poubelle, un court-métrage du réalisateur Vincent Dubar, le jeune comédien Erwan Villard prépare son spectacle solo, pour le prochain festival d’Avignon. Une manière de pointer un regard acéré sur les travers de la société, celle des jeunes en particulier. Avec un long métrage en préparation, de même qu’ un autre court. Entretien avec un passionné de théâtre, déjà vieil habitué des planches des représentations des soirées d’été en Luberon (Vaucluse).

2009, année de décollage pour votre carrière de comédien ?

En effet les choses s’enchaînent plus vite subitement. C’est dû à beaucoup de choses, notamment au hasard, mais aussi à une période de retour aux sources : j’ai plus d’envie, d’ambition, c’est un peu tout cela.

C’est ainsi que Vincent Dubar et moi-même, anciens camarades du lycée, avons travaillé cette année au court métrage Poubelle (partie d’une série de courts-métrages du réalisateur), et que nous devrions  mener à bien un long métrage pour une sortie en 2011.

Je devrais également apparaître dans un court métrage en 2010 ou 2011.

Après vos expériences des candidatures et des castings, Internet et les réseaux sociaux ne sont-ils pas pour quelque chose dans ces collaborations ?

Internet est pour beaucoup dans la naissance d’une collaboration, mais de même que le hasard des rencontres. Vincent Dubar et moi-même nous sommes connus il y a déjà longtemps ; une rencontre fortuite nous a permis de reprendre le contact, Internet n’a fait que prendre le relais.

Les nouvelles technologies, certes c’est important. Cela permet de se créer et de conserver un réseau de contacts. Mais accumuler les contacts dans sa poche virtuelle, ce n’est pas mon truc. Il faut selon moi rester naturel avec ses contacts, être réellement soi. Dans ce genre de relations, il faut savoir donner de sa personne. Les nouvelles technologies ne doivent pas être une fin en soi.

Votre collaboration avec le chanteur Sépharina n’est-elle pas un autre exemple d’entraide mutuelle et informelle entre artistes ?

Avec le chanteur Sépharina, c’est un peu de hasard, et beaucoup de complicité entretenue depuis 2002. On avait déjà travaillé ensemble, et à nouveau on s’aide mutuellement. Chacun jette un œil critique sur l’écriture de l’autre, voir lui propose sa contribution, à l’occasion. On tente également de faire parler chacun de l’autre, effectivement de façon assez informelle.

Vous passez même au stade de l’écriture avec votre premier « one man show », Hardcore ?

Cela fait des années que j’essaie d’écrire ; là avec Hardcore, j’ai abouti, enfin. C’est là le résultat d’une bonne période, avec des projets qui aboutissent, les choses se sont faites spontanément. Il s’agit d’un spectacle qui me tient à cœur, l’écriture m’est venue naturellement.

Ecrire m’a toujours passionné, je voulais écrire juste pour mon plaisir. Ensuite la formule du « one man show » s’est imposée comme une évidence (même si certains figurants pourraient m’assister dans le spectacle).

Avec Hardcore, je parle de racisme, de sexe, naturellement, de politique, un peu, de la TV réalité, de pédophilie…

Hardcore, c’est avant tout l’envie de faire passer un message alors ?

Oui, j’avais des messages à faire passer, même déguisés, à l’attention du public. Mais je ne voudrais pas cibler un public intellectuel, comme trop de spectacles d’aujourd’hui.

C’est pour cela que je choisis des mots parfois crus. Je compte m’adresser aux jeunes, et pointer avec eux du doigt les défauts de notre société. Il s’agit d’amorcer une réflexion, sans pour autant leur lobotomiser le cerveau !

C’est aussi pour cela que je compte jouer le spectacle dans des bars ; en attendant de me jeter dans le grand bain du festival d’Avignon du « off », en 2010.

D’ici là, je donnerai à voir un court extrait de ce spectacle en octobre en Luberon, sans doute à Gargas, et organiserai une répétition publique, que j’annoncerai depuis mon site.

Ne craigniez-vous pas de paraître moraliste ?

Il y a bien un risque en effet. L’accusation d’homophobie est possible également. J’en ai d’ailleurs bien plus peur. Mais je prends le risque. On peut dire les pires saloperies sur scène, et ne pas les penser. J’incarne un personnage, il faut faire la part des choses. Cette personne n’est pas parfaite. Justement pour donner à réfléchir.

Propos recueillis par Antony Drugeon, le 6 septembre 2009


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