Lula favori pour se succéder à lui-même

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Derrière la réélection de Lula, c’est l’avenir de toute la gauche latino-américaine qui est en jeu.

Au premier ou au second tour, Lula, sera réélu à la présidence du Brésil. L’incertitude concerne donc moins le résultat que le score. Et l’enjeu de cette élection dépasse le seul Brésil, tant Lula est devenu l’icône de la gauche latino-américaine. Luiz Inacio Lula da Silva devra faire plus de 50% des suffrages pour être réélu dès dimanche. Face à lui, le candidat de centre-droit Geraldo Alckmin, crédité de 28 à 33% des intentions de vote, et Ana Maria Teixeira Rangel, transfuge du Parti des Travailleurs, déçue par Lula, qui représente la gauche radicale, recueillant 9% des intentions de vote. Ce qui peut sembler dérisoire. Cependant, c’est elle qui est en position de mettre en ballotage Lula. Lequel oscille entre les 48 et les 53% en fonction des sondages. Etant donné que Lula ne pourra se représenter en 2010, il n’est pas impossible que Ana Maria Teixeira Rangel devienne le recours de la gauche brésilienne, si jamais elle parvient à faire trébucher le président Lula. Car Heloisa Helena capitaliserait alors suffisamment de notoriété, qui pourrait l’aider pour briguer à nouveau la présidence, en 2010, avec peut-être l’appui du président vénézuélien Hugo Chavez. Le Mouvement de libération des sans terre, qui mit à sac le Congrès (Parlement) de Brasilia en juin dernier, pourrait être son bataillon de choc. Sénatrice expulsée du PT de Lula pour son opposition à une réforme sociale qui soumettait les retraités à l’impôt, dénonçant « l’embourgeoisement » du PT, Heloina Helena a une fibre d’apparence bolivarienne. Et en Amérique latine, les candidats proches de la « révolution bolivarienne » du président Chavez se sentent pousser des ailes. Les succès électoraux en Bolivie, au Pérou et dans une certaine mesure au Mexique des candidats proches du président vénézuélien ne demandent qu’à s’étendre, compte tenu du soutien dont ils bénéficient. Une offensive, discrète ou non, de la gauche castro-bolivarienne soutenue par Caracas, La Havane et La Paz ne devrait pas tarder à être lancée en vue de la relève de Lula en 2010. Faire basculer dans le camp de la gauche radicale le Brésil, première puissance du sous-continent, 5e pays du monde par sa population (185 millions) et 13e économie mondiale (en 2005) aurait des conséquences continentales et planétaires. Ce pourrait être la victoire la plus retentissante d’Hugo Chavez. Ce week-end donc, les électeurs brésiliens sont invités à redistribuer les cartes de la gauche latino-américaine.

Antony Drugeon, LIBERATION, le 29 septembre 2006


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