Le SNESup divisé suite aux propositions du ministère

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Dossier des professeurs titulaires de doctorats français

Le SNESup divisé suite aux propositions du ministère

La direction du Syndicat affronte le désaccord d’une partie importante de la base après avoir accepté les propositions du ministre de l’Education nationale, M. Habib El Malki.

Rien ne va plus au SNESup (Syndicat National de l’Enseignement Supérieur). De nombreuses sections locales et régionales affichent ouvertement leur opposition à la direction du syndicat. Une situation conflictuelle mais somme toute relativement ordinaire dans la vie syndicale. Sauf que cela fait désormais un mois qu’une quinzaine de professeurs titulaires de doctorats français pratique de surcroît la grève de la faim pour obtenir la reconnaissance de leur diplôme.
Cette mobilisation très démonstrative semble s’adresser autant au gouvernement, qui vient de faire des propositions sur le dossier des professeurs doctorants français, qu’à la direction du syndicat SNESup, qui a accepté celles-ci, au terme de deux ans de négociations. En effet, cette grève de la faim a débuté alors que les prémices de l’accord entre le ministère et le syndicat se faisaient jour.

Ainsi, Abderrahim Habbou, enseignant-chercheur à l’Université Hassan II de Mohammédia, membre adhérent du SNESup opposé à la direction, explique : «Ce que nous demandons, ce n’est ni plus ni moins que l’alignement du régime des professeurs titulaires de doctorats français sur celui de ceux titulaires d’autres doctorats étrangers». Le projet du ministère prévoit deux choses : d’une part, les professeurs en question, lésés par leur statut octroyé jusque-là de professeurs assistants, se voient reconnus l’ancienneté à laquelle ils auraient eu droit s’ils avaient été recrutés directement au poste de Professeur Habilité, comme c’est le cas de leurs confrères titulaires de doctorats belges, allemands, espagnols, etc. D’autre part, et c’est là que se situe la pierre d’achoppement, la possibilité de passer au troisième et dernier grade, celui de Professeur de l’Enseignement Supérieur, est reconnue à ces professeurs, mais selon la «nouvelle» procédure, celle issue de la réforme globale du système survenue en 1997. Car avant 1997, le passage au grade de Professeur de l’Enseignement Supérieur était automatique au bout de quatre ans. Une disposition abrogée par le nouveau statut de 1997, qui prévoit un concours pour passer ce grade.

Les opposants du SNESup réclament qu’on leur applique la législation qui aurait dû leur être appliquée puisqu’ils sont rentrés dans l’enseignement avant 1997. «Le problème du concours, c’est qu’il y aura un quota d’admissibles, et tout le monde ne bénéficiera pas de ce à quoi il a pourtant droit», continue M. Habbou. Du côté de la direction du SNESup, on voit les choses autrement. «Quand on dit négociations, on dit compromis», explique Youssef El Kouari, membre du Bureau national du SNESup. «La solution retenue garde le fond de nos revendications : l’ancienneté et le grade de Professeur de l’Enseignement Supérieur.» Quant au concours, M. El Kouari n’y voit pas de menace. «Il y aura autant de postes ouverts qu’il y a de personnes impliquées dans ce conflit; il ne s’agit pas à proprement parler d’un concours, mais simplement d’un dépôt de dossier scientifique. C’est une démarche académique», poursuit-il. Toujours est-il que ces affrontements vont inévitablement dominer les débats lors du prochain congrès du SNESup.

Antony Drugeon, LIBERATION, le 4 décembre 2006

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