Clôture du festival de cinéma de Marrakech

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Clôture du festival de cinéma de Marrakech

Le combat pour la liberté primé par le jury

Le film allemand Le perroquet rouge remporte un beau succès avec le prix de l’interprétation masculine et le grand prix, l’Etoile d’Or.

La cérémonie de clôture du festival international du film de Marrakech s’est tenue samedi soir au Palais des Congrès de la ville ocre. Comme toute cérémonie de clôture et de remise de prix, elle attisait l’impatience des festivaliers et des curieux, venus nombreux assister à l’arrivée de nombreuses stars du cinéma mais aussi du petit écran. Les Marrakchis ont ainsi pu voir entrer au Palais des Congrès, le comédien Ferkous, la comédienne Mouna Fettou, qui a ouvert la cérémonie, et Jammel Debbouze, très attendu par le public et les jeunes notamment.

L’impatience des journalistes aidant, Roman Polanski, président du jury, avait donné un avant-goût des résultats, se gardant bien pour autant de les divulguer : le cinéaste s’était contenté de saluer l’engagement politique de nombreux films en compétition. Et de fait, cette année, les films récompensés sont tous porteurs d’un message politique. Le prix de l’interprétation féminine est revenu à Fatou N’Diaye, pour son rôle dans le film canadien Un dimanche à Kigali. Ce film dur sur le génocide rwandais en 1994 est une adaptation du roman de Gil Courtemanche, Un dimanche à la piscine à Kigali. Le grand prix du jury a été attribué au film roumain Hirtia va Fi Albastra (Le papier sera bleu). Ce film du réalisateur Radu Muntean évoque la révolution en 1989 contre la dictature de Ceaucescu.

Le prix de l’interprétation masculine quant à lui est revenu à Max Riemelt, pour son rôle dans Le Perroquet Rouge. Ce film a été le grand gagnant de la soirée, honoré de surcroît par l’Etoile d’Or. Max Riemelt y incarne le personnage principal, un jeune allemand de l’Est découvrant à son arrivée en ville de sa campagne natale la vie festive et moderne des jeunes, mais aussi, rapidement, la surveillance d’Etat, le contrôle des idées etdes loisirs. L’artiste y découvre l’amour interdit, apprend à se jouer de l’Etat totalitaire, vivant de contrebande. Mais l’étau étatique se resserrant rapidement, le choix se fait entre rester dans la peur ou partir pour un Berlin énigmatique et étranger. Tragiquement, le fonctionnement froid, efficace, et rusé de la machine d’Etat divise les amis, brise les couples, jusqu’à dresser un mur entre les hommes, de peur que l’échec du système idéologique qui le sous-tend. La raison d’Etat dans toute sa rigueur, son impersonnalité, peut-elle appréhender dans toute sa profondeur les aspirations, les désirs, d’êtres ayant pour seule motivation leur propre quête du bonheur ? Le film laisse à penser que non, là où les accusations de contrebande et de comportement anti-socialiste ne servent qu’un intérêt, celui des gouvernants.

Un bel hommage à la tous ceux qui résistent aux abus des pouvoirs, qui met résolument la sixième édition du festival sous le signe de la liberté.

Antony Drugeon, LIBERATION, 11 décembre 2006


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