Guerre de communications croisées entre le Hamas et Israël

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Opération de communication de la police israélienne, avec des rockettes du Hamas. Photo : Antony Drugeon (CC)

Des armes aux paroles, l’affrontement entre le Hamas et Israël a changé dans la forme, mais pas dans la vivacité. Le cessez-le-feu conclu le 18 janvier dernier entre le gouvernement du Hamas dans la bande de Gaza et Israël redonne toute se vigueur à une autre guerre, de communication celle-là. Des deux côtés, les stratèges font de la communication une arme à part entière, pour remporter la bataille dans les esprits.


Guilad Shalit, de trente ans plus âgé, les cheveux blancs. L’image de l’otage franco-israélien, peinte le 15 avril dernier sur un mur du camp de réfugiés de Jabaliya, dans la bande de Gaza, a suscité un vif émoi dans l’opinion publique israélienne. Le choc était à la mesure de la mobilisation de la société civile en faveur de la libération de Guilad Shalit, déjà otage depuis juin 2006. L’otage était également représenté prostré dans sa cellule.

C’est donc sur le terrain de la communication que les manifestants pro-Hamas à l’origine de ces dessins ont porté la confrontation entre le mouvement islamiste et l’Etat d’Israël. La démarche n’est pas nouvelle. En décembre dernier, des miliciens du Hamas avaient parodié une pièce de théâtre, où un acteur jouant Guilad Shalit implorait en hébreu pour sa libération, suppliant « Je me languis de ma mère et de mon père ». Durant la guerre israélienne à Gaza, le Hamas avait en outre déclaré dans les premiers jours de bombardements que Guilad Shalit avait été blessé à cause de ces frappes.

Par l’outil médiatique, le Hamas espère ainsi saper le moral du camp adverse. Du côté israélien, la riposte vise avant tout à décrédibiliser les pratiques du Hamas aux yeux du monde.

Des Organisations Non Gouvernementales (ONG), en principe indépendantes du pouvoir politique et sans but lucratif, défendent ainsi la version officielle des autorités israéliennes, et participent de cette guerre médiatique.

C’est ainsi que The Israel Project, ONG fondée initialement aux Etats-Unis, a organisé mardi 31 mars dernier une conférence de presse très officielle dans les locaux du Quartier Général de la police, à Jérusalem, afin de sensibiliser la presse étrangère et israélienne au problème des roquettes Qassams tirées par le Hamas depuis la bande de Gaza sur le sud d’Israël. La conférence, animée par Nobi Pregger, superintendant de la police et chef du laboratoire des explosifs, ainsi que Micky Rosenfeld, porte-parole de la police auprès de la presse étrangère, a consisté en un exposé alimenté de nombreux chiffres, fournis généralement par l’armée.

Au-delà des statistiques, The Israel Project a surtout exposé les restes des roquettes tombées dans le sud israélien, ainsi que des photographies des dommages occasionnés par ces roquettes. Là encore, comme du côté du Hamas, le poids des images est l’instrument idéal de cette communication de conflit.

Une autre ONG, Impact-Se, a organisé le 22 avril une conférence de presse à l’université hébraïque de Jérusalem, dont le sujet n’était pas dénué non plus de portée politique. Sous le titre « Al-Fateh, le magazine en ligne du Hamas pour les enfants : endoctrinement au jihad, à l’extermination, et à l’autodestruction », la conférence a présenté aux journalistes conviés pour l’occasion l’endoctrinement véhiculé par le site internet Al-Fateh, proche du Hamas (http://www.al-fateh.net/). La communication quasi-officielle émanant d’ Impact-Se prouve sans peine le caractère antisémite et violent du site, destiné aux enfants.

« Un extraterrestre hideux coiffé d’une étoile de David y représente les Juifs, assisté des non moins hideux Sykes et Picot », expose, images à l’appui, David Oman, directeur de la communication d’ Impact-Se. Les caricatures niant l’holocauste y côtoient des dessins d’enfants représentant des soldats israéliens sous une pluie de pierres.

En revanche, l’impact du site auprès des enfants est plus délicat à évaluer. Le site, comportant de nombreux textes écrits en arabe classique, s’adresse en effet à des enfants dont l’intérêt et l’aptitude à lire ces textes reste incertains. La communication d’ Impact-Se se contente de reprendre les chiffres de fréquentation du site annoncés par leurs administrateurs affiliés au Hamas.

« 48 millions depuis le lancement du site, selon [ces] administrateurs », annonce David Oman. Sans qu’il soit possible de savoir si ces connections, si elles se situent dans ces proportions, émanent de Palestine, ou d’autres pays arabes. « Les commentaires laissés sur le site suggèrent un lectorat très large, incluant notamment les pays du Golfe, et d’autres pays arabes », concède toutefois David Oman.

Les liens entre le site et le Hamas restent toutefois flous. « Les administrateurs nient tout lien avec le Hamas, mais cela pour ne pas être interdit », explique David Oman. Le directeur de la communication d’ Impact-Se alimente son argumentation : la différence dans la localisation des liens internet vers les sites affiliés au Hamas et ceux au Fatah, des photographies de meeting avec Ismaïl Haniyeh (Premier ministre du gouvernement Hamas de Gaza) ou des photomontages à la gloire du père spirituel du Hamas, cheikh Yacine, en sont d’ailleurs autant d’indices.

Dans certains cas, la dimension politique voire militante biaise clairement l’objectivité du message. La brochure publiée par Impact-Se n’est pas à l’abri d’une traduction abusive. C’est ainsi qu’un dessin pour enfants est interprété comme un appel au jihad, là où la traduction exacte est plus nuancée. « Le mot ‘moujahid’ traduit par guerrier jihadiste est excessif », assure le professeur Mohamed S. Dajani, fondateur de l’association Wasatia, promotrice du dialogue entre Arabes et Juifs. « Un ‘moujahid’ est le promoteur d’une cause, à ce titre on peut qualifier Martin Luther King de ‘moujahid’ », ajoute-t-il.

Dans leur guerre de la communication, le Hamas et Israël font feu de tout bois. Pressions psychologiques et maîtrise de l’agenda journalistique sont leurs nouvelles armes. En attendant le prochain affrontement.

Antony Drugeon, le 26 avril 2009

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