Israël inquiet du voyage au Moyen-Orient de B. Obama

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Le voyage du président américain Obama en Arabie Saoudite et en Egypte du mercredi 3 au vendredi 5 juin se donne clairement pour objectif de relancer la dialogue entre l’Amérique et le monde musulman. Une tâche ardue après la présidence Bush fils qui se heurte aux inquiétudes israéliennes, l’Etat hébreu craignant de voir le Président adopter une position déséquilibrée dans le conflit israélo-palestinien. La presse internationale quant à elle salue plutôt la fin de l’ère d’affrontement de civilisation Occident – Islam, symbolisée par la rhétorique de George W. Bush.

En un discours, Barack Obama va tenter jeudi 4 juin au Caire, sinon de réparer du moins de colmater l’incompréhension qui s’est creusée entre les Etats-Unis et le monde musulman. Une mission difficile, encouragée toutefois par les sondages, selon lesquels la rue arabe se montre relativement ouverte à la différence revendiquée par le président américain.

« Le président américain a le droit de tenter de se réconcilier avec le monde musulman et faire concurrence à Al-Qaida ou l’Iran pour conquérir son cœur ; pour notre part, nous devons vérifier que ce cela ne portera pas atteinte à nos intérêts communs [avec les Américains] », a lancé mercredi 3 juin le ministre des Transports Israël Katz, proche du Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, à la radio israélienne. Celui qui est considéré par M. Netanyahou comme son porte-parole met des mots sur le sentiment généralisé en Israël selon lequel Barack Obama aurait une approche déséquilibrée du dossier israélo-palestinien, à force de vouloir se distinguer de son prédécesseur.

De fait, le conflit israélo-palestinien est au cœur des frustrations du monde musulman. A cet égard, il ne peut pas être totalement absent du discours du Caire, sans quoi l’objectif du président américain deviendrait inatteignable. Un constat que dresse ainsi en France le quotidien conservateur Le Figaro : « Malgré l’intense ballet diplomatique qui a précédé le voyage, nul ne s’attend à des annonces politiques majeures sur l’épineuse question du conflit israélo-palestinien. Mais le président, persuadé que le dossier est crucial pour l’avenir, devrait insister sur la nécessité urgente de mettre fin à la colonisation israélienne dans les Territoires occupés et exprimer son soutien à la création d’un État palestinien vivant en paix aux côtés d’Israël. »

L’objectif de Barack Obama de réconcilier le monde musulman avec les Etats-Unis ne semble pas pouvoir faire l’économie d’un rééquilibrage diplomatique du côté des Palestiniens, selon le journal britannique The Times. « M. Obama a signalé qu’il allait adopter une approche davantage équilibrée que celle de M. Bush, qui laissait à Israël les mains libres pour étendre la croissance des implantations juives en Cisjordanie occupée », analyse le quotidien de droite de référence au Royaume-Uni.

Le spectre d’une prise en main volontariste du dossier israélo-palestinien par les Etats-Unis est précisément ce qui préoccupe Israël. « Il existe une coopération intense entre Israël et les Etats-Unis, mais les désaccords se sont récemment aggravés », a ainsi déploré M. Katz, en évoquant les récentes demandes répétées de l’administration américaine à geler les implantations en Cisjordanie, sans distinguer entre les avant-postes illégaux et les implantations légales.

Selon le journal suisse Le Temps, Israël cède à une inquiétude excessive. « Même si la rumeur ne cesse de se propager en Israël, le président américain n’a pas évoqué une seule fois publiquement la possibilité de réunir une large conférence internationale qui viserait à relancer l’ensemble du processus de paix dans la région, à l’image de la conférence de Madrid qui s’était tenue en 1991 », écrit ainsi le quotidien helvète. Lequel en conclut : « Malgré les énormes attentes que soulève sa visite au Proche-Orient, Obama semble donc décidé à maintenir le cap du «réalisme politique» dont il ne s’est en vérité guère écarté jusqu’ici en matière de politique internationale ».

Le décalage entre la presse israélienne, qui relate déjà les relations américano-israéliennes sur le registre du bras de fer, et la presse internationale est désormais patent. L’atmosphère d’affrontement entre l’Occident et l’islam qui demeure associé au prédécesseur de B. Obama n’est vraisemblablement pas pour rien dans les réactions de la presse internationale, partagée entre hommage à l’objectif du président américain et perplexité face à l’ampleur de la tâche. En Espagne, le quotidien de référence El Pais (centre-gauche) salue une diplomatie équilibrée : « La pression sur Israël s’est d’ores et déjà faite clairement. La pression sur les Arabes commence aujourd’hui à Ryad ».

Entre l’ouverture à la rue musulmane et la main tendue à l’Iran d’un côté, et la construction d’une « amitié honnête » avec Israël, Barack Obama s’attèle à des objectifs ambitieux. Sur ce chemin étroit, la diplomatie américaine joue une partie difficile.

Antony Drugeon, le 3 juin 2009


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