Le discours du Caire d’Obama suscite des réactions contrastées

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Tendant la main aux musulmans, Barack Obama a tenté par son discours du jeudi 4 juin de désamorcer une logique de choc des civilisations. La démarche est saluée de nombreuses réactions officielles, mais elle est teintées de réserves côté israélien, et d’hostilité du côté de l’Iran et d’Al Qaïda. Le Hamas se distingue en revanche du réseau terroriste d’Oussama Ben Laden en reconnaissant un « changement tangible » dans le discours du président américain.

A l’issue du discours promis à rester comme « le discours du Caire », Barack Obama a très rapidement suscité des réactions de par le monde. L’Autorité Palestinienne a été parmi les plus rapide à réagir, saluant « un bon départ vers une nouvelle politique américaine dans le Moyen-Orient », par la bouche de Nabil Abu Rudeineh, porte-parole du président palestinien Mahmoud Abbas.

« Son appel à cesser la colonisation et à l’établissement d’un Etat palestinien, ainsi que sa référence à la souffrance des Palestiniens […] constitue un message clair à Israël, selon lequel une paix juste se construit avec pour fondations un Etat palestinien avec Jérusalem pour capitale », a-t-il expliqué.

Le gouvernement israélien n’a pas réagi aussitôt, le Premier ministre Benyamin Netanyahou convoquant au préalable ses ministres pour analyser collectivement le discours du président américain. A l’issue de la réunion, un communiqué officiel est venu exprimer le vœu que « l’important discours du président Barack Obama au Caire [ouvre] une nouvelle ère de réconciliation entre le monde arabo-musulman et l’Etat hébreu », ajoutant toutefois «  Israël est engagé dans le processus de paix et il contribuera à l’élargissement du cercle des pays qui voudront vivre en paix avec lui, tout en prenant en considération ses intérêts, notamment dans le domaine de la sécurité ». Israël salue donc le discours d’Obama tout en rappelant au président américain que la main tendue au monde musulman ne doit pas être fermée à l’Etat hébreu, soucieux de sa sécurité.

Le Hamas n’a pas réagi immédiatement non plus après le discours de Barack Obama. Finalement, le gouvernement du Hamas dans la bande de Gaza a reconnu « un changement tangible » dans le discours du président américain, en prenant le soin de déplorer également « des contradictions ». Le porte-parole du gouvernement gazaoui a ainsi déclaré : « Une des contradictions réside dans le fait que le président a affirmé que le Hamas était soutenu par le peuple palestinien mais il n’a pas appelé au respect de la légitimité du Hamas qui a été démocratiquement élu ».

Le député Hamas Mahmoud Ramahi a de même déclaré trouver « beaucoup de points positifs » dans le discours de Barack Obama, ajoutant « il y a une différence entre sa [Barack Obama] politique et celle de George W. Bush ». Toutefois, « le problème est toujours sur le terrain », a-t-il indiqué.

Parmi les réactions les plus enthousiastes, l’Union Européenne a rendu hommage à « un discours remarquable, […] qui va sans doute ouvrir une nouvelle page dans les relations avec le monde arabo-musulman », par la bouche de son Haut représentant pour la politique extérieure Javier Solana.

Le Secrétaire général de l’Onu Ban Ki-moon a salué de son côté dans le discours du président américain l’ « occasion d’écrire un nouveau chapitre » dans les relations entre les Etats-Unis et le monde musulman.

Sans surprise, Al Qaïda, directement visée par cette tentative de réconcilier le monde occidental et l’islam, a tenu les propos les plus durs à l’encontre de Barack Obama. Le dirigeant de l’organisation djihadiste Oussama Ben Laden a pour l’occasion refait surface, par un enregistrement audio, dans lequel il appelle les musulmans à se « préparer pour une longue guerre contre les infidèles du monde entier et leurs agents ». Oussama Ben Laden a par ailleurs estimé que Barack Obama marchait dans les pas de son prédécesseur George W. Bush.

Le Hezbollah chiite libanais a de son côté critiqué un discours qui ne présente « aucun changement réel » dans la politique régionale des Etats-Unis.

La République Islamique d’Iran a quant à elle rapidement minimisé l’importance de ce discours, dans une allocution du premier dirigeant du régime, le Guide Suprême de la révolution islamique, Ali Khamenei. « C’est par la pratique que des changements devraient être faits, et non pas en faisant de jolis discours à l’adresse du monde musulman », a ainsi déclaré l’ayatollah Khamenei.

De fait, les réserves au discours de Barack Obama émanent précisément des acteurs des conflits entre le monde musulman et l’ « Occident ». A défaut de pouvoir explicitement rejeter un discours de paix et de réconciliation, ces acteurs soulignent leurs craintes, face à une politique américaine aux contours encore incertains.

Antony Drugeon le 4 juin 2009

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